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samedi 15 mars 2014

Les fils utilisés pour les coutures sellier.

Pourquoi faire un article sur les fils de couture usité en couture sellier (ou couture à la main) ? Tout simplement parce que suivant le fil utilisé, les coutures n'auront pas la même tenue, et le travaille d'assemblage pourra avoir plus ou moins de facilité à être réalisé.

Tout d'abord, il faut bien distinguer couture sellier et points sellier. La couture sellier est la couture faite à la main (pince + alènes + aiguilles), le point sellier est une façon de coudre à la main parmi d'autres. Nous verrons lesquels dans un prochain article.

Le fil de lin :

Les numéros sur les bobines de lin correspondent à leurs caractéristiques techniques. Le 1er chiffre (1 à 7) est le nombre de mètre par kilo (1 = 1000m/Kgs, 2 = 2000m/kgs, etc...), le 2ème chiffre donne le nombre de fil retors qui sont utilisés, et le 3ème chiffre le nombre de bouts par fil retors. Ainsi un fil 432 se lira : 4000m/Kgs, 3 fils retors, 2 bouts par fils retors.

Les fils de lin se trouvent dans des couleurs et grosseurs différentes. Ils sont reconnaissables par le numéro estampillé sur les bobines. Ainsi, on trouve du 132 jusqu'au 732. Le 132 étant le plus gros et le 732 le plus fin.
Le lin a une bonne tenue et une bonne solidité. Ciré préalablement il permet de réaliser de très bonne couture. Il faut pour cela choisir les aiguilles et l'alène adaptées (comprendre à la bonne taille), et le passage du fil dans les trous se fait sans problème.

Le fil de chanvre : 


Je n'ai jamais utilisé le fil de chanvre, mais compte le faire bientôt. Peu de renseignements disponibles donc. En revanche, j'ai eu un retour d'un ami. Il semblerai que même ciré, celui-ci accroche lors de la couture. J'ai conseillé à cet ami de le trempé dans de l'encaustique maison à la place de la cire d'abeille. Cela a facilité le passage du fil à la couture. J'en conclu que ce fil doit être plutôt rêche, assez cassant. A réserver donc pour les petits travaux qui ne seront pas soumis à de fortes tractions.

Le fil synthétique plat :


J'ai découvert il y a peu ce fil synthétique plat. Il a des avantages et des inconvénients. Farouchement contre la couture à la main avec du fil synthétique (nous verrons pourquoi en fin d'article), j'ai néanmoins été conquise par celui-ci ... sous réserve.
Il a l'avantage de ne pas avoir besoin d'être ciré, est extrêmement solide, se place sans effort pour le point sellier avec des aiguilles et une alène de grosse section.
Mais il a un désavantage de taille : on ne peut terminer sa couture normalement par 3 points en arrière, celui-ci étant trop glissant, la couture ne tient pas. Il est aussi réfractaire à l'exécution d'un nœud, celui-ci se défait naturellement. Il faut donc rivaliser d'ingéniosité pour l'utiliser.

Fils synthétique polyamide dit Nylon :


Normalement réservé à la couture machine, pour les même raison évoquée au-dessus.

Savoir d'Antan : 

L'artisan "fabriquait" lui-même son fil. Il torsadait ensemble plusieurs brins, suivant la pièce à coudre, choisissant ainsi la grosseur et la solidité nécessaire. Le fil était poissé (couture noire) ou ciré (couture blanche). La poix créait une soudure naturelle et très résistante, les coutures réalisées avec cette méthode ne faiblissaient jamais.

On en trouve des références sur l'excellent blog d'un cordonnier (Tic Tac), sur cet article
On en trouve aussi une description sur "Le manuel complet du bourrelier Sellier"de 1833 : 
"[...] quand l'ouvrier a rassemblé tous ces brins en peloton sur sa main, il les passe en double vers la moitié dans un crochet scellé dans la muraille; puis, s'éloignant jusqu'à ce qu'il soit arrivé aux deux bouts, qu'il prend ensemble entre le pouce et l'index droit, il en tourne trois tours autour du pouce gauche; il appuie ensuite la main gauche par dessus le bras droit, un peu au-dessus du coude, et comme s'il voulait s'y appuyer : en même temps, avec la main droite demeurée libre, il porte le fil sur le bas de la cuisse, vers le genou, en appuyant la paume de la main sur le fil, alors il le tord en poussant la main en avant, et continuant cette manœuvre sans quitter sa place, le fil va se tordant jusqu'au crochet.
Quand l'ouvrier le juge suffisamment cordé, il va prendre l'autre moitié du fil qui est restée suspendue au crochet, et le travaille comme la première moitié [...]."


Je reviens sur le fait que, pour moi, le fil le plus adapté est le fil de lin. De par mon expérience, mais aussi grâce aux savoirs des plus anciens, il est préférable d'avoir une couture qui lâche, plutôt qu'un cuir qui se déchire. Le fil synthétique a tendance a cisailler le cuir à l'usage. Je préfère de loin refaire une couture gratuitement en service après-vente, que de redemander au client de payer pour un nouvel objet.